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Orcanette

Orcanette

De la famille des Borraginacées, l’orcanette, genre Alkanna, est une plante qui croît essentiellement autour du Bassin méditerranéen ainsi qu’en Europe centrale (Slovaquie, Hongrie, Turquie) bien que devenant de plus en plus rare. Orcanette et Alkanna tireraient leur origine du mot arabe al-Hinnâ, le henné (Lawsonia inermis) de par le colorant rouge qu’elles produisent même si elles sont classées dans une autre famille botanique. Composée en Europe de deux espèces essentiellement méditerranéennes, Alkanna fastigiata, l’orcanette fastigiée, et Alkanna matthioli ou tinctoria, l’orcanette des teinturiers, leurs racines furent de tout temps utilisées pour la palette de couleurs qu’elles offrent, les nuances pouvant aller depuis le bleu jusqu’au rouges et violets.

Comment reconnaître l’orcanette ?

De la même famille que la bourrache ou la buglosse, l’orcanette, une plante velue, à port prostré et à fleurs groupées en racèmes de cymes unipares, n‘est pas sans rappeler la vipérine de par ses jolies inflorescences violettes entourées de bractées. Son calice comporte cinq lobes profondément divisés, accompagné d’une corolle tubulée se terminant par cinq lobes arrondis. Produisant des akènes à la belle saison, sa racine pivotante, visiblement pourpre, constitue l’élément utilisé en teinture.

L’histoire de l’orcanette :

  • Déjà mentionnée par les alchimistes grecs d’Alexandrie, sur des papyrus égyptiens datant du 3ème siècle, l’orcanette était utilisée afin d’imiter la précieuse pourpre mais également très employée comme cosmétique par les femmes romaines notamment dans la fabrication des rouges à lèvres et fards à joues. Bon nombre de recettes concoctées à cette époque avaient déjà contrecarré son inconvénient majeur, à savoir son versant non hydrosoluble, l’alkannine, son pigment étant alors diluée à partir de graisses (noix pilées), de tanins (pommes de pin), d’acides ( urine de chameau, suc des bettes, lie de vin) ou d’alcalis. Pour fixer l’orcanette, les ingrédients utilisés à l’époque, différaient quelque peu de ceux d’aujourd’hui, à savoir de l’urine de brebis pour sa teneur en ammoniaque, de l’arbousier ( tanin), de la jusquiame, riche en nitrate ou tout simplement en mélangeant à parties égales du cotylédon, issu du nombril de Vénus et d’alun.
  • D’une utilisation très limitée jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, du à son caractère non soluble dans l’eau, son colorant fit partie intégrante de la teinture des imprimés appelés indiennes, courant du 19ème siècle, l’alcool à 35° ayant alors supplanté les solvants ancestraux, même si les insectes type cochenille ou des mélanges garance-indigo furent majoritairement employés, de par le moindre coût qu’ils engendraient.
  • On recourrait à l’orcanette jaune, jadis abondante en Provence, afin de teindre en pourpre certaines liqueurs sirupeuses, tout comme pour colorer certaines pommades, onguents, cires et huiles en pharmacie.

Que contient l’orcanette ?

  • Les racines, et surtout les écorces de l’orcanette renferment de l’alkannine, un colorant de la famille des naphtoquinones, qui délivre des pigments variant des roses-violets, sans ajout d’additif ou des nuances grises, avec ajout de fer, dans le procédé tinctorial.
  • Ce pigment peut être obtenu de nos jours industriellement et notamment au Japon, grâce à la voie biotechnologique. La bactérie Lithospernum, présente dans une Borraginée orientale, Lithospernum erythrorhizon, introduite dans une culture in vitro de cellules végétales, est capable de synthétiser le précieux colorant.

Comment obtenir la teinture ?

  • Faire tout d’abord chauffer un bain d’alcool à 40°C puis y plonger les racines broyées en petits morceaux ou réduite en poudre, à hauteur de 65 grammes par litre, ainsi que des fibres mordancées, tout en remuant le tout. Ces dernières doivent rester une heure dans le bain avant d’être rincées dans un autre bain d’eau à même température puis mises à sécher ensuite à l’ombre.
  • D’un usage peu courant, à l’état brut, en matière de teinture de tissus, du fait notamment de sa rareté, l’orcanette trouve également un usage en savonnerie, ses copeaux devant être alors directement mis à chauffer dans des huiles.
  • La poudre sèche d’orcanette, en infusion, donne une teinte plutôt orangée qui peut être mélangée à un henné : la couleur de teinture pour les cheveux n’en sera que plus intense.

Les contre-indications et précautions d’usage :

  • L’orcanette, bien que chef de file des plantes fébrifuges, recommandées jadis contre les inflammations de poitrine, ne doit pas être utilisée en usage interne.
  • L’odeur de l’orcanette, une fois travaillée, peut dégager une odeur peu agréable.
  • Cette plante, de par sa rareté croissante, ne doit pas être récoltée à l’état sauvage.